Élection de l'Algérie au comité intergouvernemental du patrimoine culturel immatériel de l'humanité

     إنتخاب الجزائر بالإجماع في لجنة التراث الثقافي اللامادي لليونيسكو لعهدة 2024-2028

تم انتخاب الجزائر بالإجماع لعضوية لجنة التراث الثقافي اللامادي لعهدة 2024-2028 عن المجموعة العربية, اليوم الثلاثاء بمقر منظمة الأمم المتحدة للتربية والعلوم والثقافة (اليونسكو) بباريس وذلك أثناء انعقاد الجمعية العامة ال10 للدول الأطراف.  في اتفاقية صون التراث الثقافي غير المادي بحضور ممثلي 183 دولة
 

L'Algérie élue, ce jour, au Comité intergouvernemental de @UNESCO  pour la sauvegarde du #PatrimoineCulturelImmatériel. Reconnaissance de l'engagement historique  à promouvoir & sauvegarder le patrimoine culturel immatériel dans le monde. #UNESCO #PatrimoineDz #AlgerianHeritage

Consulter les liens : 

https://x.com/ambalgerieparis/status/1800482342399860762?t=tnKFXCwxWoy8jUp4dwLthA&s=08

https://al24news.com/%d8%a7%d9%86%d8%aa%d8%ae%d8%a7%d8%a8-%d8%a7%d9%84%d8%ac%d8%b2%d8%a7%d8%a6%d8%b1-%d9%81%d9%8a-%d9%84%d8%ac%d9%86%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%aa%d8%b1%d8%a7%d8%ab-%d8%a7%d9%84%d8%ab%d9%82%d8%a7%d9%81%d9%8a/

 

Super User
Saturday, 25 April 2020 17:46

Les outils traditionnels

Mahraz /aghiyaz : pilon : il sert à piler ou broyer les choses, les épices surtout et les ingrédients en petites quantités comme l’ail. Il est fabriqué en métal précieux pouvant survivre à plusieurs générations. On le trouve aussi en bois, il est dans ce cas moins résistant.
Sa grande sœur est « ar-hiwa », « thissirt », la meule, qui sert à broyer le blé, l’orge et tous les agrumes et légumineuses secs.
Qedra/ taqdirt/tachechuyt/le faitout : est un outil spécial, qui est probablement originaire d’Afrique du Nord, puisqu’il sert essentiellement à la sauce du couscous et accompagne le couscoussier. Il sert aussi à la chorba, surement un usage à posteriori. Il est fait de différents métaux, inox, aluminium, cuivre, bronze et aussi en terre cuite (argile). Autrefois les nomades le fabriquaient à partir de lamelles de branches de palmier et de ses feuilles, pour être plus facilement transportable dans le désert, avec un système de cuisson adapté. Mais ce modèle que j’ai vu personnellement chez une femme de In Salah en 2000, a surement disparu.
Kaskas/tasaksut/couscoussier : est un outil fabriqué exclusivement pour la préparation du couscous, même si son utilité s’est avérée profitable à d’autres missions. Il accompagne le faitout et doit dater de la même période. On ne se rend pas compte ou on n’y pense pas trop, mais le couscous constitue à lui seul une révolution dans l’art culinaire. Et cela apparaît à deux niveaux : d’abord la cuisson à la vapeur : qui est un régime alimentaire distingué (qu’on retrouve aussi chez les chinois, qui sont les pères d’une ancestrale tradition). Et la transformation : le fait de prendre un grain de blé, d’orge, de mil ou de sorgo, le moudre et le rouler pour le monter en grain qui cuit à la vapeur sans coller. Al-qedra wal keskas à eux seuls sont une industrie alimentaire.
Dans certaines régions, le terme keskas désigne le couscous.
Djefna/Gues’a/Tavaqit/tarahalit/tarvuyt est le plat qui sert à rouler le couscous. Large, incurvé sur les côtés pour ne pas déborder, c’est une œuvre qui fait preuve d’ergonomie avant son temps. Même si rouler le couscous reste une mission difficile. C’est toute une civilisation.
L’histoire de qedra, keskas et djefna s’inscrit dans la complémentarité. On ne peut imaginer l’un sans l’autre, même si leur usage s’est varié après coup. Elle est ancienne et s’inscrit dans l’histoire de l’art culinaire de l’Afrique du Nord. Des ustensiles de cuisine ont été découverts en Algérie de l’époque de Massinissa, mais beaucoup de couches archéologiques plus anciennes ne demandent qu’à être découverte et les entrailles de la terre ne cesseront jamais de nous surprendre.
Les premiers débris d’un couscoussier à trou découverts en Algérie datent du moyen âge. Le problème est que les premières fabrications étaient en terre, en rafia ou en feuilles de palmier, elles résistent au temps ordinaire mais pas au temps archéologique.
Gherbal : un autre outil réservé au couscous qui sert à équilibrer les grains selon des grosseurs prédéfinies par des trous de tailles variables. Il était entièrement fabriqué avec des produits de la nature animale et végétale, avant d’adopter le métal et le tour en bois travaillé.
On a aussi al-maraq, avoudou, le saucier ou verseur à bec court,
Tabouqalt bouqala, un verseur à bec long, pour servir l’eau à table,
Achmoukh, la cruche qui sert à garder l’eau fraîche,
Akoufi, al-koufi, une jarre murale pour la réserve de grandes quantités de légumes secs,
Tachevrit, petite jarre pour la réserve d’huile
Tnidjra/Abidouh : un faitout plus large et plus commun que al-qedra pour cuire différentes sauces ;
Tadjine/afarah : une plaque aux bords relevés, en terre ou en métal, pour cuire le pain ;
Kanoun : creusé à même le sol pour faire un feu ;
Nafakh : un outil à base de terre pour faire le feu, en remplacement du kanoun adapté aux maisons de ville.

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Ouiza Galleze

Dans les inventaires réalisés dans plusieurs région d’Algérie par des équipes de chercheurs du CNRPAH, certains éléments sont singuliers alors que d’autres traversent l’espace comme ils ont traversé le temps. Le tissage est un savoir-faire commun à tous les habitants d’Afrique du nord, de la Méditerranée et même au delà. Il varie à peine d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre et d’une classe sociale à l’autre. Très ancien, il est encore en usage dans de nombreuses régions, généralement pratiqué par les femmes, dans un métier vertical (à haute lice) ou horizontal (à basse lice).
On fabrique des burnous, des qechabiya, des hayek, des zarbiya. Les outils utilisés, presque tous les mêmes, n’ont que le nom qui change, tantôt en arabe, tantôt en amazighe. Encore que, souvent les appellations sont du amazigh arabisé, et même francisé comme le cardage (aqardache).
La légendaire histoire de Pénélope, femme d’Ulysse roi d’Ithaque, montre bien que le métier à tisser concerne les femmes de toutes les catégories sociales, et n’exclut même pas les reines. On trouve certes des tisserands hommes. Mais ils en font une profession et la partie ritualisée du métier à tisser reste propre à l’espace féminin, car il existe des rites que les hommes ne connaissent pas, qu’ils ne transgressent pas non plus.
Certains villages sont connus et reconnus pour le prestige de leurs tisseuses, c’est le cas de Mas’aad des Ouled Nayel (Djelfa) et les Ath-Hichem de Kabylie. Les femmes, même très affairées, continuent de tisser pour la maison, pour le mariage de leurs filles, pour les hommes de la famille et de plus en plus pour le commerce.
Le tissage est un phénomène de société. L’outil du métier à tisser est un appareil ancestral que se transmettent les femmes de génération en génération. Sa fabrication est un ouvrage lourd, son montage aussi puisqu’il occupe la moitié d’une grande pièce, il est démonté à la fin de chaque ouvrage. Les matériaux de fabrication et la matière première sont liés au climat. Dans les régions à large élevage ovin, c’est la laine de mouton qui est l’élément de base. Dans les régions du Sud à large élevage camelin, c’est plutôt louber (poils de chameau) qui est utilisé. Il reste que louber est un élément très prisé et très cher parce qu’il faut plusieurs chameaux pour parvenir à réaliser une qechabiya. C’est ce qui explique la différence de prix entre le burnous et la kechabiya, me dit Fatima, une tisserande de Boussaâda, et non la main d’œuvre très féminine qui reste à peine évaluée. Pour alléger la dépense et optimiser le commerce, louber est parfois remplacé par de la fibre.
Un bon burnous ne doit pas peser plus de 500gr, et une bonne kechabiya pas plus de 700 gr, disent les connaisseurs. Les fabricants ne connaissent pas la retraite, car ce savoir-faire s’affine avec l’âge, et les tisserands deviennent en fin de vie de vraie école du métier d’art.
Le burnous est une spécialité pointue, d’un art privilégié, il se fabrique en une pièce et la symétrie entre la gauche et la droite, avec la mesure précise de la taille du porteur, sans patron, sans mètre ruban, relève d’une main de maitre. Mais beaucoup se désolent de la disparition des derniers spécialistes en la matière. Il suffit de voir les rues des villes et villages en hiver entièrement peuplés de qechabiya ou encore de manteaux pour tous les âges pour parvenir au constat que le burnous est désormais un matériau de musée. Alors que jusqu’aux années 50/60, les montagnes des hivers enneigés sont toutes peuplées de burnous.
Sur le terrain, même si je n’ai pas fait toutes les wilayas, j’ai rencontré encore quelques spécialistes à Boussaâda, en Kabylie, à Naâma, mais, urgence signalée, il faut qu’une opération de protection soit rapidement mise en œuvre, pour ne pas perdre ce métier de valeur qui est en perte de vitesse, menacé du danger de l’oubli.
Le métier à tisser, c’est aussi les tapis (zarbiya/zraba, au pluriel) qu’on trouve encore au nord et au sud, à l’est et à l’ouest du pays, avec des différences artistiques, alors que la technicité reste fondamentalement la même. Certains modèles utilisent la laine dans sa couleur nature, comme dans le tapis traditionnel de Ghardaïa. Alors qu’à Médèa, la décoration dépasse les formes géographiques de traits, de zigzags et de losanges, pour présenter des fleurs et des arbres, suivant un canevas, semblables aux travaux du point de croix.
Al-zarbiya, de tailles variables pour les murs et les sols, est un objet de décoration alors que le hayek est fonctionnel. Al-hayek, al-bourabah, al-hanbal, al-hawli… sont des noms attribués à presque un même ouvrage. Les différences entre eux sont subtiles, et pas dans le processes de fabrication. Mais ce n’est pas le propos du jour. Qu’il serve de literie ou de décoration, le hayek se retrouve dans plusieurs régions d’Algérie. L’exemple à citer est celui d’ath Hichem, couronné par un salon qui en est à sa 10ème édition. Essentiellement organisé par une écrasante présence féminine, la fête du tapis traditionnel d’Ath Hichem, qui se déroule dans la commune d’Aït Yahia (daïra d’Aïn El Hammam, dans la wilaya de Tizi Ouzou), rappelle chaque année (même si certaines années passent outre) que ce métier doit résister au temps, il doit se renouveler et passer au générations futures.
Pour résister à la modernité, dans un monde où les couettes sont plus chauffantes, plus légères plus pratiques et moins chères, les tisserands et tisserandes ont décidé de varier leur production, optant notamment pour la décoration maison. Les tapis sont réduits dans leurs dimensions pour couvrir des canapés d’une place, agrémentés par des coussins, des descentes de lit et même des nappes à bibelots.
Pour l’instant, ce qui sauve le patrimoine du hayek, de zarbiya et parfois du burnous, c’est encore la femme. Dans plusieurs régions du pays, les trousseaux de mariées comptent plusieurs pièces tissées main. Seul un inventaire global nous donnera une image fiable de ce qui existe encore comme détenteurs de ces métiers d’art dignes de l’orfèvre. Mais pour les garder, ces savoir-faire ont besoin d’une vraie place sur le marché dans l’économie nationale.

Ouiza Galleze

Le palmier fait partie du patrimoine agricole, et pas des moindres, c’est le cœur de la vie oasienne. Plus que l’olivier ou le figuier, le palmier est source de vie dans le désert et tout en lui sert à raccommoder aux difficultés d’un climat rude.
Le palmier, an-nakhla en arabe, tazdayt en amazigh, est un bien des communautés oasiennes dans la quasi-totalité du Sahara algérien, et dans d’autres déserts du monde. Une des créations les plus anciennes, on l’appelle al-âmma (la tante maternelle) parce que Dieu l’aurait créé en même temps qu’Adam pour nourrir la descendance de celui-ci. Une légende raconte : « lorsque Dieu a fait l’homme, il a conservé un peu de cette terre et a fabriqué un palmier. C’est un arbre sacré qui lui servira de nourriture et d’abri ».
Hormis les palmiers décoratifs plantés au nord, c’est à partir de 150 km au sud d’Alger que commencent à apparaître les premiers palmiers, qui deviennent de plus en plus denses au fur et à mesure qu’on se rapproche de la chaleur et du climat sec du Sahara.
Géographiquement, on le trouve sur le ruban des portes du sud au nord de l’Atlas saharien, Saïda, al-Bayedh, Naâma, M’sila…
Ensuite, la zone de grandes potentialités s’étend du sud-est au centre-sud, passant par Biskra, el-Oued, Oued Righ, M’niaa, Ghardaîa, Ouargla, jusqu’à la Saoura dans l’ouest entre Beni-Abbas, Taghit (l’oasis ensorcelante) et Bechar. A ce niveau se trouve la région de Tolga à Biskra, connue pour sa Deglet-Nour. Il y a aussi les plantations de Ghout (fosse, cuvette, entonnoir), à el-Oued. C’est un système unique : on creuse jusqu’à la nappe phréatique, dans cette région riche où l’eau se trouve à quelques mètres à peine. Ainsi, le palmier n’a pas besoin d’être arrosé, il va chercher l’eau avec ses racines. C’est un système ingénieux de patrimoine agricole mondial (SIPAM) à protéger et promouvoir.
Et enfin, vers le grand-sud où le palmier est moyennement présent surtout en signe d’espérance, c’est à Timimoun, Tidikelt, Djanet (oasis mythique), Ihrir (zone humide classée sur la liste RAMSAR), qu’on rencontre des palmeraies significatives et productives.
Le palmier est un patrimoine agricole, mais où le planter selon une géographie spécifique, comment l’arroser, le monter, cueillir ses fruits, fabriquer des ustensiles à base de son tronc et construire des murs et des plafonds avec ses branches… ce sont là des savoir-faire que détiennent encore quelques notables communautés du désert qui veulent bien partager leurs connaissances avec des gens intéressés.
Du palmier, on mange les dattes bien sûr, mais on fabrique aussi de la vaisselle, des meubles et on construit des maisons. La datte se mange crue et cuite, avec un couscous, en confiture, en sirop, en poudre…
Outre son utilité culinaire et domestique, le palmier-dattier est source de spiritualité et alimente une mythologie. En matière médicale, son pollen est un traitement privilégié pour les questions de stérilité et d’impuissance. Le palmier mâle est source de fécondité et les hommes s’arrachent le cœur à la floraison. Cultuellement, il a ses usages : le noyau de la datte est utilisé dans des rituels de sacralité pour protéger contre les forces du mal, le bébé à la naissance, le petit garçon à la circoncision et la jeune fille au mariage. Pour les filles, lors d’un rituel de passage typiquement féminin, les branches leur permettent de choisir leurs élus pour le mariage. Ce qui montre le rôle décisif de la femme dans le choix de son partenaire de vie.
Enfin, la vie du palmier rythme les différentes étapes de l’existence dans le Sahara. La palmeraie est le ciel d’un microclimat qui permet à la vie végétale de s’épanouir. On y découvre un système d’arrosage singulier, les foggaras que j’aborderai plus tard. La vie dedans est ordonnée selon un calendrier spécifique qui règle les événements du quotidien, que détermine le moment de la plantation, la cueillette, la coupe des palmes, l’arrachage des pousses et la recherche d’eau.
Dans le désert, le palmier c’est la vie.

 Ouiza Galleze

Wednesday, 22 April 2020 17:34

Sboua de Timimun

Timimoun, dans la wilaya d’Adrar, une oasis ensorcelante de la région du Gourara, construite au-dessus de la palmeraie, est réputée pour ses constructions de couleur ocre, à base d'argile, de paille et de tronc du palmier, adaptée au climat extrêmement aride. C’est un genre architectural berbéro-soudanais qu’on retrouve à Adrar, Reggane, In Salah, toutes situées autour du plateau du Tademaït. Il a aussi inspiré des villes du Sahel tels Tombouctou et Djenné.

Malheureusement, on voit s’ériger ses dernières décennies du fer et du béton, à l’encontre des saines traditions des anciens.

Cette région a bénéficié du classement de trois éléments de son patrimoine sur les listes de l’Unesco.

« sbouâ N’bi», ou « Le sbouâ, pèlerinage annuel à la zaouïa de Sidi al-Hadj Belkacem», reconnu comme patrimoine de l’humanité en 2015. C’est la célébration pendant 7 jours de la naissance du prophète, du 12 au 18 Rabie al-Awwal.

En effet, chaque année, des pèlerins des communautés Zénètes, venant de tous le sud-ouest du Sahara algérien, visitent les mausolées des saints et commémorent la naissance du prophète. Le sbouâ comporte des pratiques culturelles festives et des activités propres aux communautés locales, accompagnées de chants et de danses. Les pèlerins terminent leur voyage le septième jour sur une place à l’extérieur d’une zaouïa située au centre de Gourara, qui abrite la qobba (mausolée) de Sidi al-Hadj Belkacem.

A l’origine de cet événement, cette région était ravagée par les guerres de tribus. Soucieux de trouver une solution, Sidi al-Hadj Belkacem (XVIIème siècle) voit dans un rêve le prophète qui lui donne la solution. A partir de là, son autorité est reconnue parmi toutes les tribus et ce jour est célébré chaque année pendant 7 jours.

 

Ouiza Galleze

Wednesday, 22 April 2020 17:06

L’histoire sacrée d’al-Hamel

 

 

Les mythes, les légendes et les contes font partie du patrimoine culturel immatériel, ils sont fondateurs dans chaque parcelle de l’Algérie.

Il y a beaucoup d’histoires que les anciens racontent. Et nous, sous couvert de rationalité, on répond : « ça n’existe pas », ou sous couvert de religion, on dit : « c’est bid’a (بدعة).

Faux ! Ces histoires souvent symboliques, contribuent à construire notre identité, notre sentiment d’appartenance et notre fierté.

C’est une fierté que Médéa soit une ville offerte par les anges, que Sidi M’hamed ait deux tombes à Alger et en Kabylie, que Lalla Mansoura al-Amazighiya de Ouargla ait été aspirée par les cieux, qu’à Timimoun il y eut 7 sœurs d’une beauté rare qui soient fondatrices de 7 tribus et 7 ksars.

Voici une histoire qui nous vient de Boussaâda, exactement d’al-Hamel, qui donne sens aux notions de « sentiment d’appartenance » et du « vivre ensemble ». C’est la ville de Lalla Zineb et la ville d’accueil de la Rahmaniya, aux temps difficiles après l’insurection de 1871.

Ça se passe vers le 15e siècle. Il n’y avait rien à el-Hamel, juste le désert, de la terre et quelques buissons éparpillés.

Deux vieux (certains disent trois) venus de loin, se sont arrêtés pour se reposer, puis passer la nuit, pour continuer demain et aller plus loin, à la recherche de leur destin. Ils avaient, pour supporter la route, que leurs bâtons de pèlerins.

Le plus vieux a déposé son bâton à côté de lui pour s’aider à se relever au réveil. Mais dans la nuit, l’herbe a poussé autour du bâton et l’a enveloppé, comme s’il était resté plusieurs jours dans une terre marécageuse.

Le vieux, ne pouvant pas arracher son bâton au sol en conclut : « cette terre a décidé de nous retenir chez elle. C’est là que nous allons élir domicile. »

Ils contruisirent un abri de fortune et restèrent. Peu à peu des gens vennaient leur demander conseils, ou habiter près d’eux parce que chassés de leurs tribus…

C’est ainsi que se contruit un village et se peuple: c’est un village sacré parce qu’il a été fondé par deux hommes sacrés, des awliya’ Allah al-salihine (ceux qui disent qu’ils étaient trois, disent aussi que le troisième aurait continué sa route pour trouver plus loin son destin) et tous ceux que la vie a éprouvés, les leurs les ont rejetés et cette terre d’al-Hamel les a accueilli. Al-Hamel, la terre des errants est une terre d’accueil pour les gens égarés.

Ce qui va ajouter à la sainteté de la ville est l’arrivée quelques siècles plus tard de Sidi Belkacem qui va fonder là sa zaouïa, alors que tout le destinait à être un grand maitre de la Rahmaniya à Ath-Smail en Kabylie où il a fait ses études ou à Alger pour seconder le maitre de la Tariqa.

Lorsque les gens de la Rahmaniya ont été inquiétés par les français, fermant la zaouia de Ath-Smail puis son annexe d’Akbou et perturbant les activités de celle d’Alger, emprisonnant, exilant et martirisant les adeptes, Chaykh Aheddad, le père spirituel de la Tariqa leur dit : « Allez à al-Hamel, il y a la-bas un maitre qui vous attend ».

Ainsi les choses ne se font jamais par hasard. Il y a toujours une philosophie, une raison d’être, une éthique, une sagesse que le non-initié ne perçoit pas. Comme le battement de l’aile d’un papillon peut provoquer un tsunami à quelques milliers de kilomètres plus loin dans l’espace, la décision d’un chaykh au XVe siècle, de faire société en un lieu, peut être la raison d’un entendement fait pour recevoir la plus grande Tariqa algérienne au XIXe siècle. Là où les grands saints (ahbab Allah) auront toujours leur place.

Al-Hamel est devenue une des plus grandes universités de théologie et de littérature en Algérie qui a fonctionné jusqu’à l’indépendance, parce qu’un jour deux pèlerins y ont passé la nuit.

Les tombes des deux pèlerins sont toujours visitées à quelques mètres de la zaouïa qui est venue leur donner raison, là où repose Lalla Zineb, son père et leurs successeurs.

 

       

Sidi Belkacem

Lalla Zineb

Zaouia el-Hamel

Tombes des 2 errants

 

 Ouiza Gallèze

Wednesday, 22 April 2020 17:01

Dialogue entre Si Mohand et Chaykh Mohand

 

Chaykh Mohand Ou-l-Hocine (1836 -1901), est un homme religieux, un maitre soufi des awliya’ allah as-Salihine, du xixe siècle, du village de Taka Ait Yahia, de la Haute Kabylie. Il est issu d’une célèbre famille de Tolbas, les Aït Ahmed, de la tribu des Aït Yahia, dont descend aussi Hocine Aït Ahmed.

Chaykh Mohand Ou-l-Hocine est un adepte de la tariqa Rahmaniya. En 1871, il a survécu à l’insurrection dans laquelle la Tariqa Rahmaniya, à laquelle il était affilié, a joué un rôle majeur sous la direction du Chaykh Aheddad.

Il a été mis en lumière par plusieurs écrivains notamment Mouloud Mammeri dans « Yennayas a-chikh Mohand », et aussi chanté par Ait Menguelat.

Si Mohand Ou Mhand (1848-1905) est un poète philosophe de Laarba N’Aït Iraten, de haute Kabylie. Son œuvre inspirée de sa vie, raconte son enfance, alors qu’il se destinait à une carrière savante, une carrière avortée par les agressions coloniales, la mise à feu de son village, l’exécution de son père, la déportation de son oncle en Nouvelle-Calédonie. Sa famille a été totalement dispersée.

Il raconte, plus largement, les déambulations du poète errant qu’il est devenu, dans une vie placée sous le signe de la violence et de l'exil, déraciné et seul.

Ses Isefra (poèmes), ont été publiés sous forme de recueils à plusieurs reprises, notamment par Amar n-Said Boulifa en 1904, Mouloud Feraoun en 1960, Mouloud Mammeri en 1969 (et Larab Mohand Ouramdane au Maroc en 1997).

Cette vidéo met en scène la rencontre des deux hommes, dans une joute poétique passionnante, où Chaykh mohand prédit à Si Mohand qu’il mourra exilé (aghrib).

Ouiza Gallèze

Wednesday, 22 April 2020 16:45

Hassan al-Annabi

 

Après Chaykha Tetma de Tlemcen à l’extrême-ouest, on se rend à Annaba, dans l’extrême-est.

Al-Chaykh Hassen al-Annabi (1925-1990), de son vrai nom Ahcène Aouchel, est née à El-Kseur (Béjaïa). Il avait à peine un mois quand ses parents partirent habiter Annaba. Il quitta l’école à l’âge de 14 ans et s’initia à la musique chaâbie au contact de grands maîtres tels que cheikh Tidjani, Bahmed Benaïssa et cheikh al-Okbi. Curieux et désireux de toucher à tout, il travailla avec les Aïssawa et fit du théâtre dans la société El-Badr dirigée par Omar Benmalek. Comédien et pianiste, il assurera la direction de cette même association, durant deux ans, vers la fin de la seconde Guerre mondiale.

Ce fut la phase initiatique à la musique andalouse. De simple instrumentiste à ses débuts, il devint un grand chaykh du malouf et imposa son propre taba’ (cachet) à un genre réputé difficile. Il est vrai qu’il eut la chance de côtoyer, dès ses débuts, les plus grands maîtres d’alors, dont H’ssen Khemmar qui lui apprit les abc du malouf et l’encouragea à éviter d’imiter la star de l’époque, al-Kourd, pour créer son propre style.

Dans la vidéo, juste derrière Chaykh Hassen, le monsieur au violon avec moustaches, c’est Mustapha Triki, un monument de la musique, originaire de Guelma, à qui il faut aussi rendre hommage, décédé dans le plus grand dénuement.

Ouiza Gallèze

Wednesday, 22 April 2020 16:07

Chaykha Tetma

Chaykha Tetma, de son vrai nom Fatima Tabet (1891-1962), est une chanteuse tlemcénienne de la première génération des interprètes connues, de la première moitié du XXe siècle. C’est la première femme à Tlemcen à organiser des fêtes, chantant le hawzi et le hawfi, en plus d’œuvres de maîtres comme al-Mandassi, Bentriki, Ben M’Saïb et Bensahla.

Enfant, elle a appris le Coran et la langue arabe auprès du chaykh al-Iraqi Hadj Mohamed. Et auprès de Moulay Ahmed Medeghri, elle s’initie à la musique. Sa mère, elle-même issue d’une famille de mélomanes, l’encourage. Plus tard, elle est prise en charge par les frères Dib (Mohamed et Ghaouti), grands maîtres de la musique andalouse de l’époque à Tlemcen. En 1916, elle chante pour la première fois devant un public.

Tetma joue du luth, de la kouitra et du violon. Quand elle rencontre l’orchestre de Braham ed-Derrai, c’est le début d’une longue carrière.

En 1918, elle enregistre son premier disque avec notamment les chansons.

Elle a travaillé avec de grands maitres dont Abdelkrim Dali, et a été plusieurs fois sollicitée par les milieux artistiques algérois pour animer des fêtes familiales, sous la recommandation de Meriem Fekkaï qui la programmait à des soirées. En 1950, elle se produit dans l’orchestre féminin de Fadhéla Dziria.

Quelques titres de ses chansons :

  • Nar hwakoum lahab  (feu ravageur)
  • Ana el ghrib(moi l’étranger)
  • Limen nechki? (auprès de qui me plaindrais-je ?)
  • Emchi ya rassoul ‘and el habib  (va ô messager chez le bien-aimé)
  • Laqeytouha fi tawafi tes’a  (je l’ai rencontrée en promenade)
  • ‘Alamen takoun had ezziyara  (pour qui est cette visite ?)
  • Malakni el hawa  (l’amour m’a conquise)
  • Lemmen nechki biqorh jmar ghzali   (auprès de qui vais-je me plaindre de mes douleurs ?)

 Ouiza Gallèze

regarder la vidéo en cliquant sur le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=8Oi1iDKxNf4&feature=share&fbclid=IwAR2uXEM2TnVkPuOoUh86rG_3uRTdbzxBYbKOsf-YeRujNDtNwshyXimJt8Q

A l’occasion du mois du patrimoine, le CNRPAH propose de vous accompagner dans votre confinement, en présentant chaque matin une page du patrimoine, Algérien, Africain, Mondial.

Pour la première semaine, on fait un grand tour de l’Algérie profonde avec des thèmes de l’ouest, de l’est, du centre, du sud et du grand-sud.

  

LE PATRIMOINE CULTUREL IMMATERIEL C’EST QUOI ? le 18 avril 2020

Nous sommes le 18 avril, et jusqu’au 18 mai, de chaque année, le monde célèbre le mois du patrimoine. Chaque pays fait le point sur ce qu’il a fait et ce qu’il est tenu de faire, pour se projeter dans un avenir mondial qui ne se fera pas sans sa marque de fabrique.

Il existe un patrimoine culturel mobilier, un patrimoine culturel immobilier et un patrimoine culturel immatériel.

Le patrimoine culturel immatériel qui est la somme des oralités, des traditions, des festivités, des savoirs et savoir-faire que les anciens nous ont légués.

Sa définition est simple : cet abrégé en PCI veut dire « tout ce qui est chargé de richesse et de sens : des mythes et légendes, des traditions littéraires, des musiques et des chants, des pratiques sociales (rites religieux, arts culinaires, spécificités vestimentaires…) »

On y trouve les récits historiques, les contes, les fables, les proverbes, ainsi que les jeux traditionnels, et tous les savoir-faire qui traduisent les gestes de l’artisanat et les pratiques liées à l’univers dans l’agriculture ou en mer…

Pour faciliter le classement, l’Unesco a défini 5 grands domaines du PCI, que je vous donne ici en les enrichissant de queques exemples du PCI algérien. Avant ça, il faut souligner quelques points de haute importance :

  • La langue (vernaculaire) est un vecteur du PCI et l’écrin dans lequel doit se mouvoir la dimension de protection et de conservation,
  • Le patrimoine se conserve là où il se vit, avec ses populations de base. On va vers le patrimoine et les communautés locales sont seules juge de ce qui constitue leur patrimoine.
  • Le patrimoine est vivant, il ne se fige pas, il n’est pas muséable.

 

Les domaines du PCI :

  • Traditions et expressions orales : poèmes, contes, chants traditionnels, chansons, bouqalat…
  • Arts du spectacle : comme la fête de Ayrad à Tlemcen, les spectables de musique et de chant, ou les représentations festives comme Tislit n’baama dans le sud ou loundja dans le nord, la fête de Lalla Mansoura al-Amazighiya à Ouargla, Sboua de Timimoun…
  • Pratiques sociales, rites et festivités : célébrations de mariages, yennayer, mouloud, chaw arbie (شاو الربيع) à Bordj Bouarreridj, la fête du printemps ou de l’arbre, la fête de la figue ou des olives… et toutes les célébrations religieuses et païennes.
  • Savoirs et savoir-faire liés à la nature et à l’univers : regroupe toutes les petites industries de fabrication de matériel de chasse, de pèche et d’agriculture, en plus de festivités saisonnières liées à la nature. Plusieurs événements peuvent être associés à plusieurs domaines, comme les célebrations de yennayer qui est un spectacle, une pratique sociale et un rite lié à la nature. L’Algérie a classé sur les listes de l’Unesco un savoir en voie de disparition qui est : « les mesureurs d’eau/ كيالين الماء) dans les fouggaras du Touat Tidikelt à Adrar ».
  • Savoir-faire liés à l’artisanat : c’est le plus gros volet, parce qu’il regroupe tous les gestes des anciens, pour fabriquer des choses. C’est l’ancienne « petite industrie » qu’on appelle aujourd’hui « l’artisanat », allant de la fabrication de pain, au couscous, à la broderie du Mejboud, au métier à tisser, à la poterie, à la caligraphie, à l’orfevrerie, aux traditions pastorales, à la décoration de zaouias et mosquées, à la construction des maisons, à la fabrication d’un bateau de pêche ou de guerre, au matériel de labour avec des bœufs (الحرث) …

Deux exemples de PCI, pour egayer vos journées en ce moment de confinement :

  • Pour éviter les contaminations, les femmes ont toutes décidé de fabriquer leur propre galette. C’est pour ça qu’on ne trouve plus la semoule dans les magasins, mais ceci est encourageant car il signifie que ce savoir-faire dans toutes ses variétés n’est pas perdu.
  • Si vous voulez passer du temps en famille mettez vous à :
    • حاجتك ماجيتك لو كان ما هو ما جيتك pour raconter des histoires comme بقرة الياتاما , même s’il faut l’édulcorer au goût du 21ème siècle pour intéresser les enfants.
  • Ou, si vous êtes entre femmes, faites des bouqalat :
    • Commencez par faire un nœud (أعُقدي), puis faites un vœu :

Voilà quelques exemples (Tiré du livre de Fatima Dilmi : Bouqalat) :

Introduction obligatoire aux séances de Bouqalat :

بــاســم الــلــه بديت *** وعلى النبي صليت

وعلى الصحابة رضيتو *** يا ساكنين البيت

بــاســم الــلــه بديت *** وعلى النبي صليت

وعلى الصحابة رضيت *** وعيّيطت يا خالقي

يا مغيث كل مستغيث *** يا رب السماء العالي

 

Conseil de mariage :

نزلت لقاع البحر وصبت الرمل يغلي

حفنت بيدي ليمين وحطيت في حجري

نوصيكم يا بنات ما تخدوش البحري

يقلع قلوعو ويخلي الدموع تجري

 

Un exemple sur l’absent :

بــخــرنــاك بــالــجــاوي*** جيبي لنا الخبر من القهاوي

بــخــرنــاك بالقصب *** جيبي لنا الخبر بالغصب

بـــخـــرنـــاك بــالــحــنــة  ***  جيبيلنا الخبر من مزغنة

 

Pour l’amour :

يـــا مــحــبــوبي حــبـتنــي كــيــف حــبـيتك

وبــعــد المــحــبّيــة اشركــــوني فــيــك الــنــاس

والا كـــنـــت خــاتــم اصــبــعــي لـــك قــيــاس

والا كنت تهليل الذهب أنــا لك حمالة

والا  كــنــت خــنــجــر أنــــا نـــحـــرف بك

والا  كــنــت كــتــاب أنــــا نــنــاظــر فيك

نتسارقوا عليك والي غلب فينا يديك

 Ouiza Gallèze

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