Wednesday, 06 May 2020 16:38

18-Les bijoux d’Ah-yenni

Parmi les richesses d’Ath-Yenni, « acigha na-l-fetta » (les bijoux d’argent), plus anciennement connu sous le nom amazigh de « azraf », une appellation peu utilisée de nos jours.
Ath Yenni ou Beni Yenni est une commune rurale située dans le massif de Kabylie, à 35 km de Tizi-Ouzou et 135 km à l'Est d'Alger, d’une Daira composé de Ath-Yenni, Iboudraren et Yatafen . Ses reliefs sont formés d'une succession de collines au piémont de la chaîne du Djurdjura, visible de tous les villages environnants. Ses villages sont reconnus pour leurs bijoux d’argent massif, d’une finesse non comparable.
Le bijoutier de l’argent, qu'on appelle "Ahaddad", signifie « le forgeron ». Son art représente une identité artistique et une marque de reconnaissance déposée. Mais l’appellation appropriée est «asekkak», non utilisée de nos jours.
Certes, le métier de bijoutier-argentier dépasse Ath Yenni, vers les Ath-Smaïl, Ath Larbaa, Taourirt Mimoun et autres. On trouve aussi des « argentiers » dans la région des chaouias et dans le sud, parvenant jusqu’aux pays africains passant par les Touareg, ainsi que certaines villes du Maroc et de Tunisie et même dans le Sud de l’Europe. Mais le style des Ath Yenni et des villages environnants est singulier, caractérisé par les couleurs utilisées avec éclat, la précision et la symbolique sociale. En plus, ce petit village a réuni avant les années de detresse de 1990, plus de 400 bijoutiers qui livraient dans le monde entier. Il n’en reste plus que 10% de ces artisans.
Les bijoutiers travaillent seuls, ou par petits groupes généralement de la même famille, transmettant le métier, par un apprentissage traditionnel, de pères en fils. On y trouvent aussi des femmes.
On ne sait pas exactement quand ce savoir-faire est parvenu aux Ath-Yenni. Plusieurs théories se battent sur la date de naissance et la paternité de cet art. Mais les techniques de fonte et de moulage de l’argent, courantes dans toute l’Afrique du Nord, remontent à l’antiquité. Leurs gestes n’ont pas tellement évolué. La fabrication reste le plus souvent traditionnelle, les articles sont confectionnés au moyen d’une minuscule enclume alors que la technique de l’émaillage est réalisé en prenant soin de délimiter les parties à teindre, en y soudant des fils en argent.
Les premiers bijoux étaient de couleur argent ou avec juste des bouts de corail rouge. L’émaillage coloré en bleu,vert et jaune est venu plus tard. Par le passé, après la fabrication du bijou, les sculptures étaient réalisées par un armurier, qui sculptait par ailleurs les crosses des fusils.
Le bijou est une expression de joie. On le porte pour plusieurs événements. Il n’y a pas d’âge pour commencer à le porter. Les filles reçoivent leurs premières boucles d’oreilles dès la naissance, au septième jour. Même si certaines mamans préfèrent attendre la floraison ; et la mariée se pare de bijoux éclatants de toutes les couleurs du prinemps.
L'argent protège aussi : aux langes de bébés sont accrochés de petits objets d’argent pour le protéger du mauvais oeil. Dans le henné de la mariée, on met une bague ou une pièce d'argent, pour la circoncision du garçon aussi, car dans l'imaginaire social, la pureté est associée à l'argent. Par exemple, durant toute la fête de circoncision ou de mariage du fils, la mère accroche un bracelet à son foulard ou place une fibule sur son front, pour protéger la cérémonie des forces du mal. C’est aussi un signe de bénédiction, certains garçons portent une boucle d'oreille ('ayyacha/faire vivre), pour les protéger. Cela signifie que sa mère a perdu des enfants avant lui.
Pour lutter contre la grande bourgeoisie qui lui préfère l’or, juste pour une question de prix, et contre la mondialisation où les nouvelles générations préfèrent les bijoux fantaisie pour changer souvent ou les bijoux éphémères, présentant même des copies conformes de cette argenterie, les bijoutiers d’Ath-Yenni organisent « le salon du bijou d’argent d’Ath-Yenni » chaque premier week-end du mois d’aout. C’est un salon qu’il faut encourager pour sauver ces œuvres d’art, les empécher de sombrer dans l’oubli et les protéger de la contrefaçon.

 



 

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